Faut-il (encore) passer le SAT ou l’ACT ?

Il est aujourd’hui légitime pour un étudiant français de se poser la question de se présenter ou non au Test SAT (ou à l’ACT) car deux mouvements forts incitent à faire l’impasse sur ces épreuves.

Commençons par ce qui nous touche actuellement de plein fouet : la crise de la Covid. Les étudiants prévoyants qui s’étaient très consciencieusement préparés pendant cette année scolaire aux examens du SAT, l’automne et l’hiver dernier n’ont pas pu se présenter aux tests de mai et de juin 2020 qui ont dû être été annulés en France comme dans le monde entier. Ce fût une cruelle déception pour eux, leurs familles et leurs coachs.

Suite à cette impossibilité de se présenter aux tests, plusieurs universités ont maintenant pris position. Soit, elles indiquent qu’à titre exceptionnel pour cette année, elles ne demanderont pas aux candidats leurs résultats, soit de manière plus ambiguë, elles reconnaissent cette difficulté, mais n’indiquent pas formellement si le candidat doit ou non présenter des scores.

Comment les universités réagissent-elles à l’impossibilité de passer les tests?

Certes, beaucoup d’universités ont décidé de rendre le Test optionnel. C’est le cas de Carnegie Mellon (classée 25ème par US News & World Report) qui a indiqué récemment : “Ceux qui ne pourront pas passer le SAT ou l’ACT ou ceux qui choisissent de ne pas soumettre leurs résultats seront pris en considération de la même manière que ceux qui soumettront leurs scores. » et d’ajouter que « la décision est exceptionnelle et sera revue à l’automne 2021. »

En revanche, Columbia University (classée 3ème par US News & World Report a une position plus ferme, puisqu’il est précisé : “Pour ceux des étudiants qui ont déjà passé le Test et peuvent soumettre leurs résultats SAT ou ACT, nous les encourageons à le faire, car nous estimons que cette information est une valeur ajoutée dans notre processus d’évaluation. ».

La réponse la plus vague, mais aussi la plus courante et qui reflète avec élégance le point de vue général ne rentre pas dans les détails et se contente de dire de façon laconique comme Johns Hopkins (classée 10ème par US News & World Report) :

“Si un étudiant a un résultat SAT, ACT, AP, BI, ou un Test d’anglais, ou d’autres, et qu’il pense que cela reflète son niveau scolaire, nous accepterons les scores qu’ils voudront bien partager avec nous. ” Johns Hopkins University

Pour expliquer ces nouvelles exigences conjoncturelles dues à la crise de la Covid, il faut les remettre dans un contexte général qui a surgi assez récemment et qui remet en cause le principe même de la validité des épreuves du SAT ou ACT.

Ces dernières années, un nombre croissant d’établissements les ont rendues facultatives ou les ont carrément abandonnées.  Selon le National Center for Fair and Open Testing à la fin de mai 2020, plus de 1 200 collèges et universités américains ont mis en place des politiques permanentes de tests optionnels ou de tests flexibles pour le cycle d’admission de l’automne 2021.

Les tests sont-ils un facteur de discrimination sociale?

Ce qui est en cause c’est la diversité des institutions. Les critiques ont identifié la richesse familiale comme ayant une forte influence sur les résultats de ces examens. Les étudiants issus de familles défavorisées obtiennent plus souvent des notes plus faibles. En conséquence, un nombre croissant d’établissements souhaitant une plus grande diversité au sein de leur population étudiante ont été influencés et ont rendu les examens facultatifs ou les ont complètement abandonnés.

Et c’est ainsi que l’annonce le 21 mai dernier – sans référence à la crise actuelle de la Covid – de l’abandon de l’exigence des tests par l’Université de l’Etat de Californie (près de 300.000 étudiants) et ses 10 campus a eu un très fort retentissement dans le monde de l’éducation. Mais, il faut immédiatement mettre en balance cette annonce de cette institution massive et sélective avec la révélation de son intention de développer son propre examen d’admission.

Le positionnement n’est donc ni clair ni définitif car il semble en effet que l’on s’oriente certes vers un abandon des SAT ou ACT mais, au profit d’examens alternatifs. Comme l’ont remarqué récemment plusieurs spécialistes internationaux, dans un contexte de refus des examens SAT et ACT, certaines universités réexaminent la nécessité d’un outil standardisé pour compléter leur processus d’admission. Nous serions donc dans une phase transitoire et le pendule pourrait être en train de se retourner.

En l’absence d’une mesure standardisée, les notes obtenues au lycée empêchent une évaluation précise de l’état de préparation. Elle suppose que toutes les notes de cours dans l’ensemble des écoles disposant de ressources insuffisantes ou suffisantes se comparent favorablement.

Il reste que de ne pas recourir aux tests n’est pas une option possible pour certaines universités. Dans l’absence de tests alternatifs, elles gardent toute leur confiance aux tests standards SAT et ACT.

Le MIT (classé 3ème par US News & World Report) a récemment tenu à réaffirmer – en pleine crise de la Covid – son exigence de scores quand il précise :

“Nous continuerons à exiger le SAT ou l’ACT, car nos recherches ont montré que ces tests, combinés aux notes et aux travaux de l’élève au lycée, permettent de prédire la réussite dans notre programme d’études exigeant. Bien que nous sachions que ces tests ne sont pas parfaits, ils fournissent une mesure informative et cohérente du potentiel scolaire d’un élève dans un monde où les expériences au lycée varient tellement, et ils nous permettent d’admettre des élèves de tout le pays – et du monde entier – qui, nous en sommes convaincus, s’épanouiront et réussiront au MIT.” Massachusetts Instititute of Technology

Pour conclure, à l’heure où ces lignes sont écrites, que peut-on conseiller aux candidats français ? Il n’est pas trop tard pour continuer à se préparer pour les prochaines épreuves du SAT, voire des SAT 2 subject. D’ailleurs le calendrier du College Board a non seulement prévu d’ouvrir ses centres le 29 août prochain, mais face à la situation, a augmenté le nombre de sessions cet automne.

Nos candidats français qui étudient dans des lycées pour lesquelles les performances sont souvent difficiles à évaluer (sauf exception) pour un responsable des admissions d’une université américaine ont intérêt à viser au-delà des facilités exceptionnelles affichées par plusieurs universités et devraient ne pas hésiter à passer les tests proposés. C’est peut-être, paradoxalement une opportunité exceptionnelle de montrer ses points forts et d’atteindre le fameux objectif de chacun d’entre eux : se distinguer des autres candidats.